Mon âge

L’âge ne révèle rien. Demandez plutôt combien de nouvelles lunes j’ai vues; combien de pleines lunes, en combien d’endroits. Combien de levers, couchers de soleil. Combien de kilomètres j’ai parcourus. Sur combien de visages j’ai regardé; en combien d’yeux, de couleurs profondément honorées, dont on se souvient. Combien ma douleur a été profonde, combien ma joie a été exaltée. Combien de cicatrices ai-je, à la fois du corps et du cœur. Combien de regrets; combien de gratitude. Combien de fois ai-je eu besoin d’aide; combien de fois l’ai-je demandé. Combien d’art je me suis tenu auparavant dans l’émerveillement. Combien de poésie ai-je lu – du sang qui est à moi mais que je n’ai jamais connu. Combien de larmes ai-je pleuré, porté à pleurer par une parole, un accord. Demandez-moi, combien de mots ai-je écrits, combien de lignes de vers, combien ai-je encore à écrire. Voilà mon âge. C’est mon âge. Poète et muse, dans des vers d’amour, ne meurent jamais.