Les justiciers errants

 

Je mange les péchés des autres. Je les avale entiers. Je fais pour que l’angoisse causée par ces infractions puisse être supportée par moi. Je ne pardonne pas les sanctions pour les péchés, bien sûr. Comment pourrais-je? Ne sait-on pas que le châtiment du péché est la mort? Je ne suis ni meurtrier, ni agent d’expiation. La rédemption doit être recherchée ailleurs. Intrépide, cependant, et sans culpabilité, comme les crimes ne sont pas les miens, je crois que je peux manger les péchés du coupable, les dévorer inviolables, non dilués, diminuant les conséquences de l’erreur en acceptant ces résultats pour moi-même, ma rançon mais un autre défi loin, une autre bataille menée et gagnée, un autre ennemi maîtrisé. Les défis étaient après tout les miens seuls à affronter. Comme le destin ne peut pas être contraint, cajolé ou compté, comment devrais-je manger les péchés des autres? Il n’y a pas de culpabilité sans péché, pas de péché sans offense. Mais l’offense mal prise ne peut pas être justifiée, rendant nul le péché, rendant l’offense controversée. C’est là que nous entrons, nous, les mangeurs de péché, équivoques. Intrépides dans le combat, défiant toute hypocrisie, chevaliers errants dans les courses du destin, justiciers, rectifiant, livrant des représailles là où toute autre justice est duplicité.